ChatGPT passe en mode pub : à quoi s’attendre ?
OpenAI sort le grand classique : la pub débarque dans ChatGPT.
À quoi ça va ressembler, concrètement ? Où vont s’afficher les annonces, qui sera concerné, et qu’est-ce que ça change pour ton usage au quotidien ? On te guide dans cette nouvelle ère qui arrive plus vite qu’on ne le pense.
ChatGPT explose… et la pub arrive pour payer la facture !
De 50 millions d’utilisateurs par semaine début 2023 à près de 900 millions en 2025, ChatGPT a littéralement pris l’ascenseur. Résultat : chaque jour, l’IA encaisse un déluge de questions — plus de 2,5 milliards de requêtes. Impressionnant… mais pas gratuit.
Car même si des millions ont opté pour ChatGPT Plus, la majorité reste sur la version gratuite. Et derrière chaque réponse, il y a des serveurs, de la puissance de calcul, et une addition qui grimpe très vite.
Alors OpenAI change de stratégie : la publicité va débarquer sur l’offre gratuite — et aussi sur la formule low cost ChatGPT Go. Concrètement, à quoi va ressembler ce “nouveau ChatGPT” ? On te montre ce qui va changer dans les prochaines semaines.
“Dernier recours” : pourquoi OpenAI finit par céder à la pub
En octobre 2024, Sam Altman lâchait une phrase qui sonnait comme un avertissement : la publicité serait un “dernier recours” pour le modèle économique d’OpenAI. Et, clairement, ils n’ont pas appuyé sur ce bouton tout de suite. Avant d’en arriver là, l’entreprise a testé d’autres pistes.
Par exemple, ChatGPT Go : une formule “entre-deux”, lancée en Inde puis étendue à 171 pays, pensée comme un compromis entre la version gratuite et les abonnements plus premium. L’idée ? Attirer ceux qui veulent un ChatGPT du quotidien — rédiger, traduire, décortiquer un sujet technique, brainstormer — sans passer à une offre plus chère.
Sauf que… le cœur du trafic est resté là où il a toujours été : sur la version gratuite. Et quand la majorité des usages ne paie pas, la question finit par tomber, inévitable : comment on finance tout ça ?
L’arrivée de la publicité suit en réalité un scénario très classique dans le numérique : d’abord, on conquiert tout le monde. Ensuite, on monétise plus fort. Google et Meta ont déroulé exactement la même mécanique : des services gratuits devenus incontournables (Search, YouTube, Facebook, Instagram)… puis une montée progressive de la pub une fois la position dominante installée.
La facture IA explose : pourquoi la pub devient “inévitable”
Pour OpenAI, le timing est crucial : la guerre de l’IA n’est pas gagnée, et surtout… les grands modèles ont une particularité redoutable. Plus ils sont utilisés, plus leurs coûts d’exploitation montent en même temps. Chaque question posée, chaque réponse générée, c’est de la puissance de calcul, donc une facture qui grimpe à mesure que le public afflue. Entre les coûts d’inférence, la course aux infrastructures et l’obligation de maintenir la croissance, la publicité finit par ressembler à une issue quasi inévitable.
Et l’échelle donne le vertige. Depuis sa dernière levée officielle en octobre dernier, OpenAI est valorisée 500 milliards de dollars. Pour tenir ce niveau d’ambition, la société doit lisser ses coûts, sécuriser ses investissements à long terme, et continuer d’innover à grande vitesse (API, multimodalité, nouveaux domaines comme le shopping ou la santé…) face à une concurrence mondiale ultra-capitalisée.
Dans une note interne, la directrice financière Sarah Friar explique que la puissance de calcul a été multipliée par trois en un an, avec une capacité énergétique passée de 0,2 GW en 2023 à environ 1,9 GW en 2025. Et pendant que les machines accélèrent, les revenus suivent : 2 milliards de dollars de revenus annuels récurrents en 2023, contre plus de 20 milliards annoncés en 2025.
Le plus fou, c’est la suite. Selon les projections, OpenAI prévoit de consacrer la moitié de son chiffre d’affaires (100 milliards de dollars) à la location de serveurs pour entraîner et faire tourner ses modèles rien qu’en 2030. Elle prévoit aussi 250 milliards de dollars supplémentaires en location de cloud jusqu’en 2029. Et côté innovation, la R&D pèserait 45% d’un chiffre d’affaires prévisionnel de 200 milliards de dollars en 2030. Bref : l’IA avance à la vitesse de la lumière… mais elle se paie au prix fort.
Les pubs arrivent dans ChatGPT : où, pour qui… et avec quelles limites ?
Ça y est, le scénario se met en place — et comme souvent, ça commence aux États-Unis. Dans les prochaines semaines, OpenAI va lancer des tests auprès d’utilisateurs de plus de 18 ans. Le principe est simple : quand ta conversation laisse apparaître un besoin clair, ChatGPT pourra afficher une annonce sponsorisée pertinente… tout en bas de la réponse.
Bonne nouvelle (sur le papier) : OpenAI assure que ces annonces seront clairement identifiées et bien séparées du contenu principal. Pas de “pub déguisée”, en tout cas officiellement. Autre garde-fou annoncé : pas de publicité à côté de sujets sensibles ou réglementés, comme la santé (physique ou mentale) ou la politique.
Et si tu es abonné ? Pour l’instant, rien ne bouge : OpenAI précise que ChatGPT Plus, Pro, Business et Enterprise resteront sans publicité.
Mais voilà le point qui fait tiquer : l’histoire du numérique montre souvent le même pattern. Au début, c’est discret, “propre”, bien encadré… puis, petit à petit, ça grignote de la place, ça devient moins net, plus présent, plus intégré. C’est exactement ce qu’on a vu chez Google et Meta. Et la tentation est forte : une publicité ciblée (basée sur tes intérêts et interactions) se vend beaucoup plus cher qu’une pub générique.
Publicité = données : OpenAI promet, mais la vigilance reste de mise
Dès qu’un service ouvre la porte à la publicité, une question s’impose : et mes données, dans tout ça ? OpenAI le sait — et sort immédiatement le bouclier rassurant. L’entreprise affirme que les réponses de ChatGPT resteront guidées par l’utilité, pas par des intérêts publicitaires. Elle insiste aussi sur un point clé : les conversations ne seraient pas utilisées à des fins publicitaires et OpenAI assure qu’elle ne vend pas les données aux annonceurs.
Sur le terrain, OpenAI promet aussi du contrôle : les utilisateurs pourront désactiver la personnalisation des annonces et supprimer à tout moment les données utilisées pour la pub. L’objectif affiché est clair : ne montrer “que des annonces pertinentes et de qualité”, sans basculer dans le matraquage.
Mais — parce qu’il y a toujours un “mais” — plus on collecte et exploite des données, plus les dérives deviennent possibles. Et avec une IA conversationnelle, les risques prennent une autre dimension : biais dans certaines réponses, désinformation, voire influence subtile des comportements. La promesse d’une expérience neutre, fiable et “safe” peut tenir… mais souvent à un fil.
